« Là ou croit le péril croit aussi ce qui sauve » – Holderlin

La primaire pour unir la gauche et préparer sérieusement 2027

Je me suis peu exprimé ces dernières semaines sur les questions politiques, plus précisément sur la préparation des prochaines échéances électorales, présidentielle et législatives. Et pour cause : comme beaucoup de militant-es ou citoyen-nes de gauche, j’éprouve parfois une forme de vertige anesthésiant en constatant l’impuissance de notre famille politique face à la progression de l’extrême droite dans le pays, comme partout dans le monde. 

Après l’échec de l’expérience sociale-libérale en France en 2017, caractérisée par l’impossibilité pour François Hollande de se représenter, je fus de ceux qui firent le choix d’essayer la construction d’une maison commune, par la constitution d’un mouvement ayant pour vocation d’être le trait d’union entre la tradition sociale de la gauche et l’émergence des luttes pour le climat. Je ne regrette rien de ce choix et j’observe combien nos prises de position, à Génération.s, peuvent être régulièrement utiles à la gauche et aux écologistes. Toutefois, le pari de la maison commune a échoué, comme ensuite la promesse du pôle écologiste, sans qu’aucune autre proposition rassembleuse n’ait abouti ensuite. Et la gauche et les écologistes sont donc orphelins d’un grand parti qui se donne les moyens véritables de la bataille culturelle et politique. 

Presque 10 ans ont passé et nous sommes, à gauche, éparpillés, au pied du précipice. Pourtant, tout à porte à penser qu’existe un peuple de gauche n’attendant qu’une proposition politique pour se mettre en mouvement. J’en ai la conviction : un parti politique c’est d’abord un électorat. Longtemps, socialistes ou communistes ont eu les leurs, comme plus récemment les écologistes. Aujourd’hui cet électorat existe et il vote tantôt pour Jadot ou Glucksmann aux élections européennes, se mobilise à la hâte pour soutenir le Nouveau Front Populaire, soutien les listes d’union de la gauche et des écologistes à Paris, Marseille ou à Rennes. Mais il n’a pas, à ce jour, de parti pour les prochaines élections présidentielle et législatives. 

L’éléphant au milieu de la pièce de ce propos, c’est la France insoumise. Sous l’égide de son chef, Jean-Luc Mélenchon, cette force s’est construite au cours de cette période. Comme il l’a dit lui-même, avec eux, « c’est carré », au risque d’un déficit de souplesse démocratique… Mais ils ont indéniablement le mérite d’être une authentique organisation, pourvue de porte-paroles rompus à l’exercice, puissance émettrice d’une vision du monde et d’un projet de société. Mais je ne crois pas la victoire possible de la France insoumise, pour deux raisons. La première concerne les effets d’une stratégie de confrontation permanente et leur définition de la « Nouvelle France », en opposition implicite d’une France ancienne. Je n’épilogue pas davantage ici mais j’observe que cette stratégie est autant susceptible de consolider leur électorat qu’elle ne créé les conditions d’un rejet largement majoritaire dans le pays. La deuxième tient à la stratégie solitaire de la France insoumise qui n’a jamais proposé d’autre rassemblement qu’un ralliement, puisque leur fonctionnement est de toute façon hostile à la discussion démocratique. Nous voudrions nous unir que cela serait impossible sauf à nous plier à leur ligne, sans espace de dialogue possible. Outre que cette hypothèse me parait contradictoire du plus profond de mon engagement, elle est surtout un frein au rassemblement large de la gauche, indispensable pour gagner. Et que les choses soient clairement dites, je considère nécessaire de construire une autre force pour permettre un rassemblement de toute la gauche, dans le respect d’un équilibre plus fidèle au peuple de gauche dans sa diversité. 

Le risque d’une possibilité que l’extrême droite l’emporte fait de cette élection, la plus importante de l’histoire de la 5ème République. Et cette situation change la donne et notamment pour celles et ceux des électeur-ices qui redoutent plus que tout cette perspective. 

Je crains que les deux extrémités du spectre de la gauche, Jean-Luc Mélenchon et François Hollande, tous deux hostiles à l’union de la gauche et des écologistes, ne sous estiment les effets du contexte ainsi décrit. En 2022, voter pour le 1er permettait d’éliminer Marine Le Pen du second tour de l’élection présidentielle. Cette fois, la question posée sera de qualifier celui ou celle capable de vaincre la/le candidat-e du RN… et toutes les enquêtes d’opinion attestent de ce que Jean-Luc Mélenchon est certainement le moins qualifié pour y parvenir. A l’autre bout du spectre, je ne vois pas quelle dynamique miraculeuse permettrait à une candidature des seuls socialistes de décoller et d’être une alternative sérieuse à l’union des droites et du centre, dans le contexte d’une pluralité de candidatures à gauche. 

Face au danger de l’extrême droite, nous n’avons donc pas d’autres choix possibles que l’unité de la gauche et des écologistes, de toutes celles et ceux qui veulent la faire. Et si nous n’avons pas encore de parti commun, alors il faut faire comme tel. Le spectacle des ambitions individuelles doit cesser et donner lieu à un travail programmatique sérieux et à l’organisation d’une primaire pour décider démocratiquement de notre candidat-e. En l’absence d’un parti naturellement dominateur dans cette coalition (de Glucksmann à Ruffin comme l’on dit maintenant), ce processus démocratique est la garantie nécessaire au travail programmatique commun. 

Ce travail est déterminant car il ne nous faut pas tant un petit livre rouge des 700 mesures à mettre en œuvre, qu’une vision du Monde, de l’Europe et de la France, articulée à une série de réformes stratégiques à engager dans les 5 ans d’une mandature. Je ne crois pas au socialisme dans un seul pays et considère donc la question européenne pour centrale. De même faut-il urgemment interroger les capacités productives sur le continent et en France dans le contexte d’un tsunami industriel chinois. Notre modèle social ne tiendra pas non plus sans une réflexion profonde sur la fiscalité du patrimoine. Et enfin faut-il tenir compte de toutes les évolutions de la société, de la créolisation de nos identités culturelles jusqu’au vieillissement de la population. 

Nous aurions dû être prêts plus tôt. Mais il n’est jamais trop tard et ce travail doit nous unir durablement pour que cesse cette division absurde. Nous le devons à celles et ceux que nous avons la prétention de représenter.

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