Face à l’extrême droite : construisons une nouvelle alliance démocratique
Le congrès national de la Ligue des droits de l’Homme se tenant à Rennes le week-end dernier, je m’y suis rendu le lundi pour témoigner du soutien de la gauche et des progressistes à cette association, plus importante que jamais alors que l’extrême droite menace de gagner les prochaines élections présidentielle et législatives.
Les débats ont interrogé les grands reculs à l’œuvre dans toute une partie du Monde, dorénavant majoritairement dirigé par des régimes autoritaires et/ou d’extrême droite. Partout où ils prennent le pouvoir, ils fracturent les sociétés en divisant le peuple, parfois avec l’usage d’une violence insupportable (ex : ICE aux USA), et ils s’attaquent aux fondements de la démocratie, en diminuant les pouvoirs de contrôle des juges et leur indépendance, au bénéfice du pouvoir politique et des forces militaires et de police.
Si la bataille est mal engagée, elle n’est pas perdue pour autant. Alors qu’aux USA, toujours, Trump passe en force pour engager les forces armées ou encore pour gracier les émeutiers du Capitole, Meloni en Italie vient de subir un échec retentissant, avec le rejet par referendum d’une moindre indépendance des juges, là bas comme ici caricaturés en « juges rouges », portrait utile à la remise en cause de leur indépendance puisque considérés comme partisans. Il faut dire cependant que les italien-nes sont peut être averti-es de l’importance de ces principes, en raison de la place qu’a occupé longtemps la Mafia dans le pays.
La table ronde de clôture du congrès était une interpellation de la LDH aux partis politiques de la gauche pour exiger un programme de résistance démocratique et de conquête de droits pour toutes et tous. Elle était aussi et surtout le moment d’une interrogation légitimement suspicieuse de la stratégie de division des gauches et de multiplication des candidatures.
Autant se passer d’un suspense insoutenable : la table ronde a tenu toutes les promesses de ce que la gauche peut faire de pire. Je ne parle pas ici des idées, rapidement énoncées dans des temps de paroles très contraints, mais du spectacle saisissant du « chacun dans son couloir de nage », certains pour les uns de défendre le seul chemin possible unitaire, convaincus pour les autres de l’exigence d’une clarté relevant davantage de la pureté intransigeante.
Saisi de ce contraste entre une salle engagée et unitaire, et des partis politiques bien en peine de se parler, je vous partage une idée, certainement à creuser. Si je suis toujours convaincu que nous souffrons de l’absence d’un grand parti de la gauche écologiste, sociale et européenne, j’observe aussi une séparation des fonctions entre la société civile et le monde politique fondée sur des principes un peu obscurs, à tout le moins discutables. Je crois qu’il est temps d’élaborer une nouvelle doctrine permettant les alliances entre les partis, les associations et les forces syndicales sans que cette union n’altère l’indépendance des organisations et la reconnaissance d’une authentique démocratie sociale (à approfondir en France). Entre la Charte d’Amiens et la courroie de transmission, il y a surement de la place pour une autre doctrine.
Cette nouvelle alliance avait été esquissée lors du NFP, dans l’urgence face au péril de l’extrême droite, mais sans socle théorique pour la justifier, au prix de débats difficiles notamment dans les organisations syndicales. Surtout, cette alliance sur le tard n’avait pas permis la mobilisation de toutes et tous pour la constitution d’un projet et d’un programme aussi ambitieux que solide.
Nous avons fait le NFP trop vite et trop tard, obligés par la dissolution surprise de l’Assemblée nationale. Mais nous l’avons fait en 2 ou 3 jours, à peine.
Nous avons donc encore le temps de construire cette alliance, élargie à toutes les organisations et associations dont les principes et valeurs intéressent l’égalité des conditions matérielles d’existence, l’écologie et la démocratie.