La commission des finances recevait la semaine dernière, Mme Carine CAMBY, présidente de la 1ère chambre de la Cour des Comptes, pour l’examen du rapport annuel de l’institution sur nos comptes publics.
 
Je vous partage ici les quelques mots que j’ai prononcés en réaction à cette présentation, prétendue neutre mais en définitive marquée par l’idée dominante que nous dépenserions trop.
 
Je ne suis pas de ceux qui nient les difficultés majeures auquel nous expose l’importance du déficit public depuis quelques années. Je distingue d’ailleurs le débat sur la dette de celui relatif au déficit. Le volume de la dette publique française, soit bientôt 3500 milliards, est souvent présenté tel un épouvantail pour effrayer les français, singulièrement les jeunes générations (« la dette que nous léguerons à nos enfants »). Aucun économiste sérieux ne dit toutefois quel volume ou pourcentage de PIB serait considéré pour dangereux… et pour cause, les États roulent leur dette et ne la remboursent jamais. En revanche, les États s’acquittent de la charge annuelle des intérêts de la dette, dont le poids croissant réduit les marges de manœuvres publiques. Cette charge est le produit cumulé du besoin de financement non couvert par les recettes publiques (principalement impôts et taxes) et des taux d’intérêts auxquels nous empruntons sur les marchés. Les réductions massives d’impôts, notamment en direction des plus aisés, au cours des mandats de l’actuel locataire de l’Élysée ont provoqué une détérioration du déficit public de telle sorte que nous empruntons aujourd’hui à des taux élevés et que la charge annuelle des intérêts de la dette explose ces dernières années, de 62 milliards d’euros en 2025 à 75 milliards d’euros estimés en 2026, pour une prévision de l’ordre de 85 milliards d’euros en 2027. Ainsi et pour illustrer les difficultés que cette situation provoque, la seule croissance de la charge annuelle des intérêts de la dette serait supérieure au produit maximum attendu de la taxe imaginée par Gabriel Zucman.
 
Pour équilibrer un budget, et donc résorber le déficit public, il faut soit davantage de rentrées fiscales, soit diminuer la dépense publique. La politique de l’offre conduite ces dernières années a consisté à diminuer sans conditions la pression fiscale sur les plus riches et les entreprises, dans l’espoir que l’augmentation de l’activité compense la baisse des prélèvements obligatoires. Ce pari a échoué. Quant à elles, les dépenses publiques ont continué de croître, mais à un rythme inférieur à la croissance des besoins liés au vieillissement de la population notamment.
 
Face à ces constats, des visions et propositions politiques différentes se disputent. D’aucuns, à droite, considèrent qu’il faut préserver l’héritage d’Emmanuel Macron et ne pas trop user du levier fiscal, au risque d’affaiblir les promesses du ruissellement. Ils plaident donc pour que nous diminuions la dépense publique, responsable à leurs yeux de notre mauvaise santé financière. C’est le parti pris de la Cour des Comptes que j’ai dénoncé dans cette intervention. A gauche, nous considérons en effet que le mur d’investissement pour la transition écologique ou encore la croissance vertigineuse des inégalités, notamment de patrimoine, appellent un effort important des plus riches et même des classes moyennes supérieures.
 
Espérons, entre deux canicules, que le débat politique des prochaines échéances présidentielle et législatives viennent vite sur ce terrain, fondamental à notre avenir.
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